Secrets d’alcôve

 

 

RÉCIT de Tristan

 

À mon entrée, je trouvai la chambre du Maître, immaculée, exactement comme le soir précédent, le lit tendu d’un satin vert irisé à la lueur des chandelles. Et lorsque je vis mon Maître assis à son secrétaire, la plume en main, je traversai, aussi tranquillement que possible, le parquet de chêne ciré et lui baisai les bottes, non pas à l’ancienne manière, solennelle, mais avec mon entière affection.

Lorsque je lui léchai les chevilles, et que j’osai même embrasser le cuir lisse qui lui gainait les mollets, je craignis qu’il ne m’arrête, mais il n’en fit rien. Il ne parut même pas remarquer ma présence.

Ma queue me faisait mal. La petite Princesse que l’on m’avait servie sous la Tente Publique n’avait été qu’un hors-d’œuvre. Et le seul fait de pénétrer dans cette pièce redoublait ma faim. Toutefois, comme précédemment, je n’osais rien mendier d’un geste qui eût été vulgaire et implorant Pour rien au monde je n’aurais voulu déplaire à mon Maître.

À la dérobée, je levai le regard sur son visage absorbé, enveloppé du halo chatoyant de ses cheveux blancs. Alors il se retourna, me considéra, et timidement je détournai le regard, ce qui requit toute ma maîtrise.

— Vous a-t-on bien baigné ? demanda-t-il.

Je hochai la tête affirmativement et baisai une fois encore ses bottes.

— Mettez-vous sur le lit, fit-il, et asseyez-vous au pied, dans l’angle le plus proche du mur.

J’étais transporté de joie. Je m’efforçais de garder une contenance, et le couvre-lit de satin calma mes contusions comme si l’on y appliquait de la glace. Après ces deux jours de raclées permanentes, la moindre sollicitation d’un muscle provoquait des ondes de résonances sans fin.

Mon Maître était en train de se dévêtir, je le savais, mais je n’osais pas regarder. Puis il souffla toutes les chandelles sauf celles de la tête du lit, où une bouteille de vin débouchée était posée à côté de deux calices incrustés de pierreries.

Il devait être l’homme le plus riche du village, me dis-je, pour posséder tant de lumières. Et, d’avoir un Maître si riche, j’éprouvai une véritable fierté d’esclave. Toute pensée au sujet du Prince que j’avais été, du temps où je vivais sur mes propres terres, m’avait quitté.

Il grimpa dans le lit et s’assit contre les oreillers, le bras gauche reposant sur son genou levé. Il remplit les deux calices puis m’en tendit un.

J’étais déconcerté. Avait-il l’intention que je boive dans ce calice comme il allait y boire lui-même ? Je l’acceptai sur-le-champ et me rassis, le calice à la main. À présent, je le regardai, nullement décontenancé ; il ne m’avait pas donné ordre de ne pas le faire. Et sa poitrine ferme, presque osseuse, avec ses touffes de poils blancs qui frisaient autour de ses tétons, et plus bas, au milieu du ventre, prenait magnifiquement la lumière des chandelles. Sa queue n’était pas encore aussi dure que la mienne. J’eus envie d’y remédier.

— Vous pouvez boire du vin, comme moi, fit-il.

Avait-il lu dans mes pensées ? Complètement stupéfait, je bus, pour la première fois depuis six mois, à la manière d’un homme, et cela me laissa un peu embarrassé. J’avalai trop de vin à la fois et je dus m’arrêter. Mais c’était un bourgogne bien vieilli qui, dans mon souvenir, n’avait pas d’égal.

— Tristan, fit-il avec douceur.

Je le regardai droit dans les yeux et j’abaissai lentement ma coupe.

— Maintenant, il va falloir que vous me parliez, fit-il, que vous me répondiez.

Stupeur plus grande encore.

— Oui, Maître, répondisse d’une voix feutrée.

— Hier soir, quand je vous ai fait fouetter sur la Roue, m’avez-vous haï ? demanda-t-il.

J’étais sous le choc.

Il prit un autre verre de vin, sans détacher les yeux de moi. Soudain, il eut un air menaçant sans que je sache pourquoi.

— Non, Maître, chuchotai-je.

— Plus fort, fit-il. Je ne vous entends pas.

— Non, Maître, répondis-je.

Je rougis intensément, comme toujours. Il n’était pas vraiment nécessaire de me rappeler l’épisode de la Roue. Je n’avais jamais réellement cessé d’y penser.

— « Monsieur » pourra tout aussi bien convenir que « Maître », corrigea-t-il. J’apprécie les deux. Avez-vous haï Julia quand elle vous a distendu l’anus avec ce phallus que l’on vous a monté en guise de queue de cheval ?

— Non, monsieur, reconnus-je, rougissant avec plus de chaleur encore.

— Quand je vous ai attelé avec les poneys et que je vous ai fait tirer ma voiture jusqu’au manoir, m’avez-vous haï ? Je ne parle pas d’aujourd’hui, après que l’on vous a si bien besogné pour vous ramener à la raison. Je veux parler d’hier, quand vous considériez fixement ces harnais, avec une telle expression d’horreur dans le regard.

— Non, Monsieur, protestai-je.

— Alors, quand toutes ces choses vous sont arrivées, qu’avez-vous éprouvé ?

J’étais trop interloqué pour répondre.

— Qu’est-ce que j’ai voulu obtenir de vous, hier, quand je vous ai attelé derrière cette paire de poneys, quand je vous ai colmaté la bouche et l’anus et que je vous ai fait marcher au pas, pieds nus ?

— De la soumission, dis-je, la bouche sèche.

Ma voix me fit une impression peu familière.

— Et…de façon un peu plus détaillée ?

— Que je…que je marche d’un bon pas. Et que je sois emmené à travers le village de…de cette façon…

Je tremblais. J’essayais de maintenir mon calice de l’autre main, comme un geste que l’on fait négligemment.

— De quelle façon ? insista-t-il.

— Harnaché, bridé.

— Oui… ?

— Et empalé sur un phallus, pieds nus.

J’avalai ma salive, mais je ne détournai pas mon regard de lui.

— Et qu’est-ce que je veux de vous, là, maintenant ? demanda-t-il.

Je réfléchis un instant.

— Je ne sais pas. Je…Que je réponde à vos questions.

— Exactement. Alors vous allez y répondre, pleinement, fit-il courtoisement, avec un léger haussement de sourcils, et avec des passages nourris de descriptions approfondies, sans rien dissimuler et sans vous faire tant prier. Vous allez me faire de longues réponses. En fait, vous n’interromprez votre réponse que lorsque je vous poserai une autre question.

Il tendit la main vers la bouteille et remplit mon calice.

— Et ne vous privez pas de boire de ce vin chaque fois que vous en aurez envie, ajouta-t-il, il y a largement de quoi.

— Merci, Monsieur, murmurai-je en fixant le calice.

— Voilà qui est un peu mieux ! s’exclama-t-il en relevant ma réponse. À présent, nous allons reprendre. Lorsque vous avez vu pour la première fois cet attelage de poneys et que vous avez compris que vous alliez devoir vous joindre à eux, qu’est-ce qui vous a traversé l’esprit ? Laissez-moi vous remémorer la scène. Vous aviez un robuste phallus dans l’arrière-train et une épaisse queue de cheval attachée à ce phallus. Ensuite il y a eu les bottes et le harnais. Vous rougissez. Qu’avez-vous pensé ?

— Que je ne pouvais supporter la chose, dis-je sans oser marquer aucun temps de silence, la voix chevrotante. Que je ne pouvais supporter que l’on me force à faire ça. Que j’allais échouer, d’une manière ou d’une autre. Que je ne pouvais pas être attelé à une voiture et forcé de la tirer, comme un animal, et puis cette queue me donnait l’impression d’un affreux ornement, d’une flétrissure.

Mon visage était gagné par la fièvre. Je bus une gorgée de vin, mais il n’avait pas repris la parole, ce qui signifiait que je devais continuer de lui répondre.

— Je crois que c’est allé mieux quand on m’a serré le harnais et que je ne pouvais plus m’échapper.

— Mais vous n’avez pas esquissé le moindre geste pour vous échapper, même avant cela. Quand je vous ai ramené à la maison, à coups de lanière, dans la rue, j’étais seul avec vous. Et, là, vous n’avez pas essayé de vous enfuir en courant, même pas quand les rustauds du village vous ont fouetté.

— Oh, qu’est-ce que cela m’aurait rapporté de m’enfuir en courant ? demandai-je, accablé. On m’a enseigné de ne pas m’enfuir ! Cela m’aurait simplement valu de me retrouver ligoté quelque part, de me faire rouer de coups, peut-être de me faire fouetter la queue… Je m’interrompis, frappé de mes propres paroles. Ou peut-être me serais-je tout simplement fait prendre, et quand même harnacher, et puis les autres poneys m’auraient entraîné d’humiliante façon. Et la mortification n’en aurait été que plus grande, parce que tout le monde aurait su à quel point j’avais eu peur, que j’avais perdu toute maîtrise de moi-même, et j’aurais été contraint de me soumettre par la violence.

Je bus le vin du calice et j’écartai une mèche de mes yeux.

— Non, s’il fallait en passer par là, alors, mieux valait se soumettre ; c’était inévitable, donc il fallait l’accepter.

Je fermai les yeux, l’espace d’une seconde. La chaleur et le flot de mes paroles me stupéfiaient.

— Mais on vous a enseigné à vous soumettre à Sire Etienne, et vous ne l’avez pas fait, intervint-il.

— J’ai essayé ! éclatai-je. Mais Sire Etienne…

— Oui…

— Cela s’est passé comme l’a dit le Capitaine, bredouillage. (Ma voix, à présent, me paraissait frêle. Les mots allaient trop vite.) Il avait été mon amant, et, en sa qualité de Maître, au lieu de tirer avantage de cette intimité, il m’a permis de l’affaiblir.

— Quelle déclaration intéressante. Est-ce qu’il vous a parlé comme je vous parle désormais ?

— Non ! Personne n’a jamais agi de la sorte avec moi ! (J’eus un rire sec et bref.) C’est-à-dire, pas en me laissant répondre. Il me lançait des ordres comme n’importe quel Seigneur du château. Il me commandait, certes, avec raideur, mais il était dans un état d’agitation terrible. Cela l’excitait au-delà des mots de me voir bander, me plier à ses souhaits et, en même temps, il était incapable d’endurer cela. Je pense, en fait, je pense parfois que si le destin avait inversé nos situations j’aurais pu lui montrer comment s’y prendre.

Mon Maître rit avec franchise, en prenant son temps. Il porta le calice à ses lèvres. À présent, son visage s’animait, avec un peu plus de chaleur. Le regarder me faisait craindre que mon âme ne soit sous la menace d’un terrible danger.

— Oh, ce n’est probablement que trop vrai, fit-il. Les meilleurs esclaves font quelquefois les meilleurs Maîtres. Mais il se pourrait également que l’occasion de le prouver ne vous soit jamais offerte. J’ai parlé de vous au Capitaine, cet après-midi. Je me suis livré à des vérifications minutieuses. Quand vous étiez libre, il y a de cela des années, vous surpassiez Sire Etienne en tout, n’est-ce pas ? Meilleur cavalier, meilleur escrimeur, meilleur archer. Et il vous aimait, vous admirait.

— J’étais son esclave, j’ai essayé de briller, dis-je. Je suis passé par les humiliations les plus atroces. Le Sentier de la Bride abattue, les autres jeux de la Nuit de Fête dans les jardins de Sa Majesté ; j’étais le jouet de la Reine, de temps à autre ; Sire Grégoire, le Maître des esclaves, instillait en moi la peur la plus exquise. Mais je n’ai jamais contenté Sire Etienne parce qu’il ignorait lui-même comment être contenté ! Il ne savait pas commander ! J’étais sans cesse troublé par les autres Seigneurs.

Ma voix se coinça dans ma gorge. Quel besoin avais-je de révéler ces secrets ? Quel besoin avais-je de tout exposer et d’accroître la portée de mes révélations au Capitaine ? Mais mon Maître ne dit mot C’était à nouveau le silence, où je tombai à mon tour.

— Je ne cessais de penser aux soldats du campement, continuai-je, et ce silence cognait à mes oreilles. Et puis je n’éprouvai aucun amour pour Sire Etienne.

Je plongeai les yeux dans ceux de mon Maître. Le bleu de cet œil n’était plus qu’un miroitement de bleu, et, en leur centre, ces sombres pupilles, grandes et presque étincelantes.

— On doit aimer son Maître ou sa Maîtresse, dis-je. Même les esclaves des chaumières du village peuvent aimer, n’est-ce pas, leurs Maîtres ou leurs Maîtresses, laborieux et bourrus, comme j’ai aimé… les soldats du campement qui me fouettaient tous les jours. Comme j’ai aimé, l’espace d’un instant…

— Oui ? fit-il, interrogatif.

— Comme j’ai aimé également le Maître du Fouet sur la Roue, hier soir. L’espace d’un instant. Cette main qui me relève le menton, qui me pince les joues, ce sourire qui me domine. Cette puissance dans ce bras robuste…

Alors je me mis à trembler, autant que la veille sur la Roue. Mais toujours ce silence…

— Même ces rustauds, comme vous les appelez, qui m’ont fouetté dans la rue pendant que vous regardiez, dis-je, en refoulant l’image de la Roue. Même eux exerçaient sur moi leur misérable pouvoir.

Tout à l’heure, j’avais cru rougir, mais ce n’était qu’une idée à côté de ce que c’était maintenant. J’essayai de me calmer en reprenant un peu de vin, de raffermir ma voix, mais tandis que je buvais le silence se prolongea.

Je levai la main gauche devant mes yeux, en guise de bouclier.

— Abaissez-moi cette main, fit-il, et dites-moi ce que vous avez éprouvé quand on vous a fait aller au pas, après avoir été convenablement harnaché.

Le mot « convenablement » me transperça.

— C’était de ça que j’avais besoin, dis-je.

J’essayai de ne pas le regarder, en vain. Ses yeux étaient si grands, et, à la lumière des chandelles, son visage était presque trop parfait pour un visage d’homme, trop fin. Dans ma poitrine, je sentis un nœud se relâcher, se défaire.

— Je…veux dire, si je dois être un esclave, alors c’était de ça que j’avais besoin. Et, ce soir – quand j’ai recommencé, – j’en ai ressenti de la fierté.

Ma honte était trop forte. J’avais des élancements dans le visage.

— J’ai aimé ça ! chuchotai-je. C’est-à-dire, ce soir, quand nous sommes sortis pour nous rendre au manoir, j’ai aimé ça. On m’avait déjà montré, avec cette petite promenade pieds nus que nous avions faite dans le village, que l’on pouvait tirer une certaine fierté d’être harnaché de cette façon, plus encore que de l’autre. Et j’avais envie de vous faire plaisir. J’ai pris plaisir à vous faire plaisir.

Je vidai mon calice et le baissai. De nouveau, il y eut ce vin que l’on y versa, et ces yeux qui ne me quittèrent pas un seul instant, tandis qu’il reposait la bouteille sur la table.

Je me sentais comme si j’étais en train de tomber ; je m’étais ouvert par mes propres confessions, aussi sûrement que les phallus m’avaient ouvert.

— Mais peut-être n’est-ce pas là toute la vérité, dis-je en le regardant avec une attention soutenue. Même si l’on ne m’avait pas fait courir pieds nus dans les rues du village, j’aurais de toute façon pu apprécier les harnais des poneys. Et peut-être, en dépit de toute la douleur et de toute la misère de la chose, ai-je apprécié de courir le village pieds nus parce que c’était vous qui me conduisiez et vous qui me regardiez. Et je me sentais désolé pour les esclaves que j’avais vus et qui avaient l’air de n’être regardés par personne.

— Au village, il y a toujours quelqu’un qui regarde, rectifia-t-il. Si je vous sangle dehors contre un mur, et je le ferai, il y en aura toujours qui vous remarqueront. Les rustauds du village rappliqueront pour vous torturer à nouveau, trop heureux d’avoir un esclave sous la main, laissé sans surveillance, qu’ils puissent torturer pour rien. Il ne leur faudrait pas une demi-heure pour vous fouetter à vous mettre la peau à vif. Il y a toujours quelqu’un qui veille et vient vous punir. Et comme vous l’avez dit, tous, ils possèdent leur misérable petit charme. Pour un esclave bien aux ordres, même la femme de ménage ou le ramoneur les plus mal dégrossis peuvent avoir un charme irrésistible, pourvu que la discipline parvienne à l’engloutir tout entier.

« Engloutir ». Je me répétai ce mot. Il convenait parfaitement.

Ma vue se brouilla. J’entamai le geste de lever à nouveau la main, mais je la laissai retomber.

— Ainsi, vous-même, vous en aviez besoin, dit-il. Vous aviez besoin d’être harnaché, bridé, ferré, et mené à la baguette.

Je hochai la tête affirmativement. J’avais la gorge si serrée que je ne pouvais parler.

— Et vous vouliez me faire plaisir, fit-il. Mais pourquoi ?

— Je ne sais pas !

— Mais si, vous savez !

— Parce que…vous êtes mon Maître. Je suis votre propriété. Vous êtes mon seul espoir.

— Espoir de quoi ? D’être puni d’autant plus ?

— Je ne sais pas.

— Mais si, vous savez !

— Mon seul espoir d’amour profond, de me perdre moi-même pour quelqu’un. Pas une simple perte de plus au beau milieu de tous ces efforts que l’on déploie ici pour me briser et me reconstruire. Mais une perte au bénéfice de quelqu’un qui soit d’une cruauté sublime, sublimement bon au chapitre de la maîtrise. Quelqu’un qui, en un sens, dans ce brasier de souffrances où je suis plongé, serait en mesure de percevoir toute la profondeur de ma soumission, mais également de m’aimer.

J’étais allé trop loin dans ma confession. Je m’interrompis, écrasé, certain de ne plus avoir la force de continuer.

Et pourtant je continuai, en m’exprimant avec lenteur.

— J’aurais peut-être pu aimer bien des Maîtres et bien des Maîtresses. Mais, vous, vous avez une beauté inquiétante qui m’affaiblit et qui m’absorbe. Par vous, les châtiments sont illuminés. Je ne…, je ne comprends pas cela.

— Qu’avez-vous ressenti quand vous avez compris que vous vous trouviez dans la file d’attente pour passer sur la Roue en place publique ? demanda-t-il, quand vous m’avez imploré, avec tous ces baisers sur mes bottes, et cette foule qui riait de vous ?

Ces mots me piquèrent. Là encore, ce souvenir n’était que trop réel. Ma gorge se serra.

— Je ressentis une peur panique. J’en pleurais, d’être puni comme ça, si vite, après avoir fait tant d’effort Non, me dis-je, je ne veux pas être offert en spectacle à une foule de gens du commun, et quelle foule, qui n’était là que pour présider au châtiment. Et quand vous m’avez réprimandé pour avoir supplié j’avais… honte d’avoir cru un seul instant qu’il serait possible d’y échapper. Je me souvins qu’il n’était pas nécessaire d’avoir mérité la punition. Rien qu’en étant ici, rien qu’en étant ce que j’étais, je la méritais. Vous avoir supplié me remplissait de remords. Jamais je ne recommencerai, je le jure.

— Et puis ? demanda-t-il. Quand on vous a monté là-haut et qu’on vous a fait monter sur l’appareil sans entraves aucunes ? En avez-vous retiré un enseignement ?

— Oui, un enseignement immense.

Je laissai échapper un autre rire rauque et grave. À peine plus que la valeur d’une simple syllabe.

— Ce fut irrésistible ! D’abord, il y a eu la peur de perdre tout contrôle de moi-même, quand vous avez dit au garde : « Pas d’entraves. »

— Mais pourquoi cela ? Que serait-il arrivé si vous aviez résisté ?

— Je me serais retrouvé ligoté de force, et je le savais. Ce soir, j’ai vu un esclave ligoté de la sorte. Hier soir, j’ai tout simplement supposé qu’il en serait ainsi. J’aurais résisté de tout mon corps, je me serais rebiffé, comme ce Prince ce soir : j’aurais lancé des ruades, j’aurais été frappé de terreur, et puis la terreur aurait fini par être balayée loin de moi.

Je m’interrompis. Englouti, oui, par tout cela, j’avais fini par être comme englouti.

— Mais je me suis tenu à carreaux, dis-je, et, quand j’ai compris que je n’esquiverais pas les coups, que je ne trouverais pas d’échappatoire, toute ma tension se libéra. J’accédai à ce remarquable état d’euphorie. J’étais offert à la foule et je m’y soumettais. J’accueillais en moi toute la frénésie de la foule, et la foule, en y puisant du plaisir, amplifiait mon châtiment, et moi j’appartenais à cette foule, à ces Maîtres et à ces Maîtresses rassemblés là par centaines. Je cédais à leur soif de luxure. Je ne retenais plus rien, je ne résistais à rien.

Je m’interrompis. Il hochait lentement la tête, mais il ne parlait pas. La chaleur palpitait silencieusement à mes tempes. Je bus le vin à petites gorgées, en réfléchissant à mes propres paroles.

— Quand le Capitaine m’a corrigé, c’était la même chose, mais à un degré moindre, dis-je. Il me punissait pour avoir échoué après qu’il m’eut dressé. Mais il me mettait aussi à l’épreuve, pour voir si je disais la vérité au sujet d’Etienne, si c’était bien de domination que j’avais besoin. En effet, en me disant : « Je vais vous en faire baver, et nous allons voir si vous êtes capable de le supporter », il me perçait à jour. Et je me suis offert à son fouet, c’est tout au moins comme cela que je l’ai perçu. Ni au campement, quand les soldats me punissaient, ni au château, quand les Seigneurs et les Dames regardaient, je n’ai jamais pensé que j’aurais pu, sur la place d’un village remplie de badauds, dans la chaleur de midi, danser comme cela sous les coups d’un soldat. Les soldats s’étaient consacrés au dressage de ma queue. Ils m’avaient dressé, moi. Mais jamais ils n’avaient obtenu de moi une chose pareille. Et bien que je sois terrifié par ce qui m’attend, terrifié même par les harnais des poneys, je sens que, au lieu de chercher à triompher des châtiments par une forme de sublimation, comme je l’avais fait au château, je suis en train de m’ouvrir à ces châtiments. Je suis en train de me retourner comme un gant. J’appartiens au Capitaine, et à vous, à tous ceux qui regardent. Je suis en train de devenir tout entier châtiment.

Silencieusement, il avança vers moi, me retira le calice et le mit de côté, puis il me prit dans ses bras et m’embrassa.

Ma bouche s’ouvrit toute grande, avec avidité, puis il me tira, pour me mettre à genoux, s’allongea et prit ma queue dans sa bouche, et referma les bras sur mes fesses. Presque avec sauvagerie, il me suça sur toute la longueur de mon organe, m’enveloppa de sa chaleur étroite et humide, tandis que ses doigts m’écartèrent les fesses, forçant l’entrée de mon anus. Sa tête allait et venait, tirait sur toute la longueur de ma queue, ses lèvres se resserraient sur mon organe, puis elles le libéraient, et sa langue en enrobait le bout ; il continua de me sucer, à une cadence rapide, presque avec folie. Ses doigts m’étiraient l’anus pour l’ouvrir grand. Mon esprit se fit limpide. Je chuchotai :

— Je ne peux pas me retenir.

Et, comme il me suçait sans cesse plus fort, en va-et-vient plus brutaux, je finis par lui immobiliser la tête de mes deux mains, et je giclai fort au-dedans de lui.

Des cris me sortirent du corps avec l’énergie d’une courte explosion, alors qu’on me suçait à vouloir me vider. Et, quand je ne pus le supporter davantage et que j’essayai doucement de dégager sa tête, il se leva et me renversa sur le lit, le visage contre le matelas, écartant mes cuisses haut levées, et, avec la paume de la main, il m’aplatit les fesses contre les draps avant de l’allonger à son tour et d’introduire sa queue en moi, de force. Les muscles de mes cuisses bourdonnaient littéralement de délice sous la douleur. Il pesait sur moi de tout son poids, toujours plus fort. Ses dents s’entrouvrirent légèrement contre ma nuque. Ses mains crochetèrent mes genoux recroquevillés et les contraignirent à se coller plus étroitement à l’oreiller. Et puis ma queue épuisée me lança et se plia en deux tous moi.

Mes fesses dansaient comme un bouchon sur l’eau. Je gémis sous la tension. Et sa queue, qui poignardait mes fesses grandes ouvertes, paraissait un instrument inhumain qui me limait comme la fraiseuse pratique un trou, me creusait, me vidait.

Je jouis encore une fois, dans une suite de giclées déchaînées. Incapable de rester à plat, je ruai sous lui. Il n’en pesa que plus sur moi, de tout son poids, et laissa sourdre le gémissement de l’orgasme entre ses dents.

Je demeurai couché, haletant, n’osant pas dégager mes jambes repliées, et couchées à plat contre le lit. Et puis je le sentis abaisser mes genoux. Il était allongé à côté de moi. Il me retourna, face à lui, et, dans ce moment aigu d’extrême épuisement, il se mit à m’embrasser.

J’essayai de lutter contre l’alanguissement du sommeil, ma queue me suppliant de lui accorder un moment de répit. Mais de nouveau il m’avait crocheté dans le tréfonds de mes reins. Il me souleva, me força à me mettre à genoux, guida mes mains vers un battoir de bois perché au-dessus de nos têtes, sur le ciel de lit à caissons, et il me fouetta la queue de ses mains, tout en s’asseyant devant moi, jambes croisées.

Je regardai ma queue se gorger de sang sous les claques, sous ce plaisir plus lent, plus plein, atroce. Je gémis fort et me dégageai, sans pouvoir me contenir. Mais il me tira en avant d’un coup sec, en ramassant mes couilles contre ma queue, de sa main gauche, et puis, de l’autre, il continua de me claquer, impitoyablement.

Mon corps était au supplice. Mon esprit était au supplice, et maintenant je comprenais, alors qu’il me pinçait le bout de la queue, qu’il avait l’intention de me faire rendre les armes. À me pincer, à me caresser de ses doigts recourbés, et à présent, à me lécher avec sa langue, il m’avait mis dans un état de frénésie. Il prit de la crème dans le pot qu’il avait utilisé la nuit précédente et s’en graissa la main droite, tira sur ma queue à me l’arracher, comme s’il voulait la détruire. Je grognais entre mes dents serrées, mes hanches allaient et venaient, et puis, encore une fois, le coup partit ça gicla, et ça gicla ferme. Et moi je restai suspendu au battoir de bois, hébété, et vidé.

 

Une lumière brûlait encore.

 

Lorsque j’ouvris les yeux, je ne savais pas combien de temps s’était écoulé. Mais il devait être tôt. Des voitures roulaient encore sur la route qui passait sous la fenêtre.

Je me rendis compte que mon Maître était habillé et faisait les cent pas, les mains croisées dans le dos, les cheveux en bataille. Il portait son pourpoint de velours bleu, délacé, sa chemise de lin avec ses longues manches bouffantes également ouverte sur le devant. De temps à autre, il exécutait un demi-tour d’un coup sec, s’arrêtait, se passait vivement la main dans les cheveux puis reprenait sa déambulation.

Quand je me dressai sur un coude, redoutant de recevoir l’ordre de sortir, il eut un geste en direction du calice de vin et me dit :

— Buvez, si vous voulez.

Sans me faire prier, j’attrapai le calice et me rassis contre le coffrage lambrissé du lit, le regard sur lui.

Il faisait encore les cent pas, aller et retour, et il se retourna, en me fixant.

— Je suis amoureux de vous ! m’annonça-t-il. (Il se rapprocha et me scruta au fond des yeux.) Amoureux de vous ! Pas seulement amoureux du fait de vous punir, ce que je ne cesserai pas de faire, quoi qu’il arrive, ou amoureux de votre servilité, que j’aime et désire, elle aussi. Je suis amoureux de vous, de votre âme secrète, qui est aussi vulnérable que votre chair cramoisie sous ma lanière, et amoureux de toute cette force que vous avez rassemblée sous notre gouvernement conjoint !

Je restai sans voix. Tout ce que je pus faire, ce fut de le regarder, de me perdre dans la chaleur de sa voix et dans le regard de ses yeux. Mais mon âme, elle, prenait son envol.

Il s’éloigna du lit et, en me lançant un regard tranchant par-dessus l’épaule, il ne cessa plus de faire les cent pas.

— Depuis tout ce temps que la Reine a commencé cette importation d’esclaves nus réservés aux plaisirs, reprit-il en scrutant le tapis sous ses pieds, je tâche de comprendre ce qui fait d’un Prince de haute naissance, plein de force, un esclave obéissant avec une telle et complète soumission. Je me suis torturé la cervelle pour arriver à comprendre ça.

Il marqua un temps de silence, puis il continua, les mains à hauteur de la taille, et de temps à autre l’élevant d’un geste tout naturel.

— Tous ceux que j’ai questionnés par le passé m’ont fourni des réponses timides, prudentes. Vous, vous avez parlé du fond de votre âme, mais ce qui est clair, c’est que vous acceptez votre servitude aussi facilement qu’ils l’acceptaient. Naturellement, puisque, ainsi que la Reine s’en est ouverte à moi, tous les esclaves sont examinés. Et seuls parmi les plus beaux ceux qui sont susceptibles de convenir sont retenus.

Il me regarda. Je n’avais jamais eu conscience qu’il y avait eu un examen. Mais, aussitôt, je me rappelai les émissaires de la Reine que l’on m’avait envoyé rejoindre dans une alcôve du château de mon père. Je me rappelai que ces émissaires m’avaient ordonné d’ôter mes habits, et comment ils m’avaient touché, et observé, tandis que je me tenais debout, immobile, afin de laisser libre cours aux explorations de leurs doigts. Je n’avais exprimé aucun mouvement d’humeur subit. Mais peut-être leurs yeux aguerris en avaient-ils vu plus que je ne savais. Ils m’avaient pétri les chairs, posé des questions, avaient étudié mon visage, et, moi, j’avais rougi et m’étais efforcé de leur répondre.

— Qu’un esclave s’enfuie, poursuivit mon maître, cela n’arrive presque jamais, c’est fort rare. Et la plupart de ceux qui le font n’ont qu’une envie, c’est d’être repris. C’est une évidence. Le défi, telle est la raison de leur fuite, et l’ennui, le motif. Seuls ceux qui prennent le temps (ils sont peu nombreux) de voler des vêtements à leur Maître ou à leur Maîtresse, seuls ceux-là réussissent leur évasion.

— Mais la Reine ne retourne-t-elle pas son courroux sur le Royaume d’où ils sont issus ? demandai-je. Mon père m’a dit lui-même qu’elle était toute-puissante et redoutable. Ses requêtes en matière d’esclaves, de Tributs, ne pouvaient pas, m’a-t-il dit, être refusées.

— Absurde, répondit-il. La Reine ne va pas mettre ses armées sur le pied de guerre pour un esclave nu. Tout ce qui peut arriver, c’est que l’esclave rejoigne son pays natal frappé d’une certaine disgrâce. Ses parents se voient demander de le renvoyer. S’ils ne s’exécutent pas, alors, l’esclave ne leur vaut aucune des grandes récompenses habituelles. Voilà tout Pas de sac d’or. Les esclaves obéissants, eux, sont renvoyés chez eux avec des quantités d’or. Naturellement les parents éprouvent souvent une grande honte de ce que leur chéri se soit montré mou et inconstant Chez lui, ses frères et sœurs, qui ont servi comme esclaves, tiennent le déserteur en mauvaise part. Mais qu’est-ce que tout cela pour un Prince jeune et fort, qui juge que servir est intolérable ?

Il cessa de faire les cent pas et me fixa du regard.

— Hier, une esclave s’est échappée, annonça-t-il. C’était une Princesse, et, à l’heure qu’il est on a pratiquement abandonné les recherches. Elle n’a pas été reprise par des paysans loyaux, ni vue dans aucun autre village. Elle a rejoint le Royaume voisin du Roi Lysius, où l’on accorde aux esclaves un sauf-conduit.

Ainsi, ce qu’avait dit l’esclave Gérard, le poney, était vrai ! Je m’assis, abasourdi, songeur. Mais j’étais plus stupéfait encore par le fait que ces mots n’aient pas plus d’impact. Mon esprit était en proie au chaos.

Il se remit à faire les cent pas, lentement, plongé dans ses pensées.

— Naturellement, il y a des esclaves qui ne prendraient jamais un risque pareil, s’écria-t-il soudain. Ils ne peuvent supporter la pensée de ces détachements lancés à leur recherche, de leur capture, de l’humiliation en public, voire de châtiments plus lourds. Et, dès lors, leurs passions se trouvent stimulées, nourries, stimulées encore, et encore nourries, sans relâche, de sorte qu’ils s’avèrent incapables de distinguer la punition du plaisir. C’est ce que veut la Reine. Et ces esclaves sont probablement incapables de supporter l’idée de ne rejoindre leur foyer que pour devoir convaincre un père ou une mère ignorants que servir ici était intolérable. Comment décrire ce qui leur a été fait ? Comment évoquer ce qu’ils ont souffert sans trahir la réalité de leur souffrance ou le plaisir insupportable auquel on les incitait ? Et, en tout état de cause, comment justifier qu’ils aient accepté cela si volontiers ? Pourquoi déploient-ils tous leurs efforts pour complaire ? Pourquoi se laissent-ils soumettre aux désirs de la Reine, aux désirs de leurs Maîtres et Maîtresses ?

J’avais la tête qui tournait. Et ce n’était pas le vin qui en était la cause.

— Mais vous avez grandement contribué à mettre en lumière l’état d’esprit de l’esclave, me fit-il, en me regardant derechef, le visage empreint de conviction, ce visage plein de simplicité, si beau à la lueur des chandelles. Vous m’avez montré que, pour l’esclave sincère, les rigueurs du château et du village se transforment en une grande aventure. Il y a là quelque chose que l’on ne peut dénier à l’esclave sincère qui vénère ceux dont le pouvoir est incontestable. Même à l’état d’esclave, il désire ardemment la perfection, et la perfection, pour un esclave voué au plaisir, ce doit être de s’abandonner aux châtiments les plus extrêmes. L’esclave spiritualise les supplices qu’on lui inflige, aussi brutaux et pénibles soient-ils. Et tous les tourments du village, plus encore que les humiliations mises en scène dans le plus grand apparat au château, s’accumulent sans répit, dans un flux ininterrompu d’excitation.

Il s’approcha du lit. Je crois que, lorsque je levai le visage, il put y discerner la peur.

— Et qui, mieux que ceux qui l’ont possédé, comprend le pouvoir, le vénère ? déclara-t-il. Vous, qui avez eu du pouvoir, vous l’avez compris, quand vous vous mettiez à genoux aux pieds de Sire Etienne. Pauvre Sire Etienne.

Je me levai et le pris dans mes bras.

— Tristan, me chuchota-t-il, mon beau Tristan.

Toutes nos passions purgées, nous nous embrassâmes pourtant avec fièvre, nos bras étroitement enlacés, dans un débordement d’affection.

— Mais il y a plus, lui chuchotai-je à l’oreille tandis qu’il me baisait le visage presque avec avidité. Dans cette déchéance, c’est le Maître qui crée l’ordre, le Maître qui extrait l’esclave du chaos des mauvais traitements où il se trouve englouti, et qui le discipline, l’affine, le mène plus loin, par des voies que les punitions infligées au hasard ne pourraient jamais ouvrir. C’est le Maître, et non les châtiments, qui le perfectionne.

— Alors cela n’a rien d’un engloutissement, conclut-il en m’embrassant toujours. C’est une étreinte.

— Encore et toujours, nous sommes perdus, fis-je, uniquement pour être sauvés par le Maître.

— Et pourtant, même sans cet amour unique et tout-puissant, insista-t-il, vous êtes plongés dans un cocon d’attentions et de plaisirs inlassables.

— Oui, acquiesçai-je. (Je hochai la tête, lui embrassai la gorge, les lèvres.) Mais c’est là quelque chose de glorieux, chuchotai-je, si l’on adore un Maître, si le mystère se trouve intensifié par une figure irrésistible qui gît en son sein.

Notre étreinte fut si âpre, si douce, qu’on eût dit que jamais passion n’avait été meilleure.

Très lentement, avec ménagement, il s’écarta.

— Levez-vous, dit-il. Il n’est que minuit et dehors l’air printanier est chaud. J’ai envie de marcher dans la campagne.

La Punition
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